Miroir de nos peines

Pierre Lemaître

Albin Michel – 2019

Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté. Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances. Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique… Le talent de Pierre Lemaitre, prix Goncourt pour Au revoir là-haut, est ici à son sommet

(Pour un bref avis rendez-vous en bas de l’article)

La trilogie Les Enfants du Désastre prend fin sur une douce note avec Miroir de nos peines. Je vous avais exposé mon amour pour Au revoir là-haut en large et en travers, j’ai rabaché aux oreilles de mes proches mon émerveillement après ma lecture de Couleurs de l’incendie (que j’ai fais signer par monsieur Lemaître oui oui), il était grand temps que je vous parle du petit dernier : Miroir de nos peines.

Situé au début de la seconde guerre mondiale, ce troisième et dernier volet se détache immanquablement des deux premiers. Pas d’histoire de vengeance digne des meilleurs Dumas ici, mais une recherche d’espoir et de survie effrénée.

Plus que jamais Lemaître nous donne le sentiment de plonger tête la première dans un conte. Les personnages sont plus que jamais romanesque: M. Jules, Désiré, Raoul semblent imperturbables face au début d’une guerre “grotesque”, ce jouant du ridicule de l’armée et du gouvernement français tout au long roman. Car c’est bien ce qui ressort de Miroir de nos peines, un ridicule aberrant et une mascarade non maîtrisée de la part de l’administration, du gouvernement et de l’armée qui plonge le peuple français dans le plus grand des désarrois et mène le pays droit vers la défaite. Et c’est ce que M.Jules, Désiré et Raoul ont parfaitement compris et ce dès les premières pages de cette nouvelle guerre. Si j’ai pu être désarçonnée par Désiré, dont l’existante est la plus grandiloquente, M.Jules m’a profondément touché. Caricature d’un vieil homme revêche, il prend la route avec Louise, l’accompagnant avec une dévotion sans faille dans sa quête de vérité.

Ces trois personnages romanesques accompagnent Gabriel, Fernand et Louise, qui se rapproche d’avantages de ceux des deux précédents tomes. Terre à terre, effrayés mais bien décidés à arriver à leurs fins, coûte que coûte. Ce sont ces personnages qui m’ont le plus touchés durant la lecture et qui m’ont rapproché de ce que j’avais tant aimé précedemment chez Pierre Lemaître. Tout trois sont d’une humanité déconcertante, de part leur défauts, leurs sentiments et leurs inspirations, j’ai suivi avec avidité leur destin se jouant au fur et à mesure des pages. Louise, personnage principal, témoin d’un suicide qui l’a propulsera vers une quête de vérité, Gabriel simple soldat devenu déserteur malgré lui et Fernand gendarme mobile à la charge des prisonniers de guerre qui tentera de lier son sens profond du devoir à son désir de rejoindre sa femme malade à l’autre bout de la France.

Si le duo formé par Gabriel et Raoul peut sembler une redite d’Albert et du capitaine Aulnay Pradelle, l’auteur leur apporte une finesse au fur et à mesure du roman qui finit par leur donner une existence propre.

C’est sûrement là ce qui différencie Miroir de nos peines de ses prédécesseurs. Là où les personnages et leurs émotions prenaient instantanément vie aux yeux et au coeur du lecteur, ici il faut avec patience découvrir leur profondeur révélée qu’aux fur et à mesure des pages. C’est lorsque les personnages se retrouvent projeter sur les routes en pleine exode que l’auteur semble définitivement renouer avec ce qu’il fait le mieux : maintenir ses personnages et ses lecteurs en haleine.

A partir de ce moment que j’ai de nouveau ressenti un lien tout particulier avec les personnages, j’ai eu peur pour la vie de Louise et de M.Jules lorsque les avions fusillèrent la route noire de monde, j’ai ressenti le désarroi de Fernand lorsque l’on lui ordonne l’impardonnable, la rage de vivre indispensable de Raoul pour sauver Gabriel….J’ai suivi leur parcours sur les routes en espérant que chacun en trouverai le bout. Ces moments sont profondément encrés dans ma mémoire et y penser me replonge dans l’émotion ressentit alors.

Le roman s’arrête à la croisée des chemins de tous ces personnages romanesque et prondément humains, Pierre Lemaître a alors fini de nous conter ces moments si méconnu de l’Entre deux guerreq et laisse place à la grande Histoire connue de tous : l’invasion allemande et les horreurs de la seconde guerre mondiale.

En bref :

Il faut attendre la projection des personnages sur les routes de l’exode pour que le talent de Pierre Lemaître se révèle tout à fait et renoue le lecteur aux personnages. Malgré cela, Miroir de nos peines est une excellente manière de terminer cette Trilogie des Enfants du désastre, sur une note moins vengeresse et plus positive que les deux précédents. Pour l’amour des personnages et pour l’émotion vécut, je recommande très très vivement cette trilogie, qui a marqué pour de bon ma vie de lectrice et qui est un exemple en terme de personnages et d’émotions.