Stephen King – Jessie

DSC_0041

 

Jessie

Stephen King

Albin Michel / J’ai Lu – 02/04/1996

Il ne fallait pas jouer à ce petit jeu, Jessie. Vous voilà enchaînée sur votre lit, le cadavre de Gerald à vos pieds, condamnée à vous enfoncer dans la nuit, la terreur et la folie. Les femmes seules dans le noir sont comme des portes ouvertes… si elles appellent à l’aide, qui sait quelles créatures horribles leur répondront ?

 

Cela faisait longtemps que je n’avais pas plongé dans un Stephen King, et c’est avec Jessie que j’ai renoué avec l’auteur cet été.

(Pour retrouver mon avis en bref, rendez-vous en bas de l’article)

Jessie et son mari Gérald décident de passer un week-end en amoureux dans leur maison de campagne. Loin de tout les deux époux tentent de raviver une vie sexuelle en berne…
Seulement voilà, dès le début du roman Jessie nous fait part de sa lassitude face à leur petit jeu sexuel, pire elle éprouve de la gène et du dégoût, et ce pour son mari lui-même.

N’en pouvant plus Jessie dit stop, mais attachée par une paire de menottes à la tête de lit, elle ne peut rien contre Gérald qui consciemment fait fit du refus de sa femme…ultime solution pour éviter le viol, Jessie le frappe à coup de pied…Gérald s’effondre d’une crise cardiaque, Jessie se retrouve prisonnière au milieu de nulle part, attachée au lit sans moyen de s’en sortir…

Une situation anxiogène et à priori sans aucune solution, la soif, la faim, les fourmillements…l’auteur nous plonge dans une angoisse quasi permanente, les pensées du lecteur sont incarnés par les deux voix intérieures de Jessie, Ruth et Bobonne.

Ruth, cette vieille amie de fac qui pousse Jessie à se bouger, à dire non à Gérald, à trouver une solution pour se sortir de là et à se souvenir… Bobonne quant à elle tente de la garder dans sa zone de confort, être patiente, ne pas se souvenir, la prudence.

Le Diable et l’Ange sur l’épaule, qui tiraillent une Jessie d’abord terrifiée. Si le roman aurait pu s’avérer rapidement ennuyeux, tournant simplement sur la délivrance du personnage principal, Stephen King y ajoute un contexte psychologique particulièrement passionnante. Il n’est plus question de délivrance physique, mais également mentale, et Jessie devient un roman d’émancipation.

Et alors on observe Jessie se débattre contre les hommes qui l’ont asservie au rang de simple objet sexuel. Dans son enfance d’abord, durant l’Eclipse. Dans son mariage par la suite, durant ses jeux sexuels. Et un inconnu dans la maison annonce le pire : dans la mort également. Si elle souhaite se libérer et échapper aux griffes de ce nouveau bourreau elle doit plonger dans un passé douloureux. Au rythme de ses cauchemars et de ses dialogues intérieurs, Jessie nous amène au plus profond de l’horreur. L’Eclipe devient un personnage à elle seule, terrifiante ombre au-dessus de sa vie et personnifié en un personnage particulièrement effrayant, tapi dans le coin de sa chambre…

C’est là que pour moi Stephen King réussi le pari de nous effrayer. Vous savez cette sensation de frayeur de trouver quelqu’un derrière vous ? Derrière la porte ? Cette peur enfantine, viscérale et incontrôlable. C’est l’effet immédiat que provoque ce personnage cauchemardesque, et tandis que Jessie paniquée se demande s’il est bel et bien réel ou si la folie l’a définitivement atteinte, le lecteur lui reste pétrifié.

Il est selon moi, le gros point fort du roman, élément inattendu et terrifiant qui bascule un peu plus rapidement Jessie dans sa folie libératrice. Une scène à la fin du roman, où elle éclate d’un grand rire m’a particulièrement marqué, il représente pour moi le paroxysme du livre, Jessie libérée mentalement, physiquement et fuyant vers son indépendance.

L’enfer n’est pas toujours les autres, semblent nous avertir Stephen King, ce roman psychologique prouve qu’il n’y a nul besoin de beaucoup de personnages ou de situations complexes pour donner lieu à une belle réussite.

Je vous passe les descriptions glaçante de la douleur physique du personnage, qui nous immerge au plus près de sa souffrance.

(Petite mention spéciale pour une des dernières scènes du roman, où le personnage de Lune imite Jessie dans sa position de prisonnière…glaçant.)

En bref :

Et bien j’ai dormi la lumière allumée après avoir lu ce livre…le personnage de Lune a réveillé en moi des peurs enfantines. J’ai adoré ce cheminement vers l’émancipation du personnage principal, le livre évite tous les pièges du hui-clos psychologique avec brio.

Le film Netflix, bien que très intéressant sur l’émancipation, loupe un petit peu l’aspect horrifique et viscéral du livre…Dommage.

2 thoughts on “Stephen King – Jessie

    • Ahah j’avoue que j’ai loupé Stephen King durant l’adolescence, à part Christine et Misery…
      Jessie est bien traumatisant, surtout le monsieur dans le coin de la chambre….brrrrr rien que d’en parler !

      Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

w

Connecting to %s